À Djibouti, les femmes mènent la lutte contre la stigmatisation liée au VIH

Le personnel des cliniques mobiles donne des conseils sur la prévention du VIH dans la ville de Djibouti.

Djibouti est un petit pays de moins d’un million d’habitants, situé dans la Corne de l’Afrique, à l’est du continent.

Bien qu’il ait connu une croissance économique au cours de la dernière décennie, 21 pour cent de sa population vit dans l’extrême pauvreté et ne bénéficie pas de soins de santé et de soins liés au VIH adéquats. On estime qu’environ 7 000 personnes vivent avec le VIH. Ces personnes, en particulier les femmes, peuvent chercher à éviter le traitement ou même le diagnostic parce qu’elles sont souvent victimes de la stigmatisation et de l’exclusion sociale.

Halima Youssouf est médecin référent au centre de lutte contre le sida Yonis Toussaint de la ville de Djibouti, qui prend en charge les patients vivant avec le VIH. Elle voit environ 25 patients par jour, mais pense que de nombreuses personnes séropositives, ou qui pensent être infectées, ne cherchent pas à se faire soigner.

« C’est surtout la stigmatisation », dit-elle. « Les patients ne viennent pas au centre parce qu’ils ont peur que les gens les voient entrer. Alors parfois, ils nous appellent et se tiennent à proximité du centre, pour que nous allions leur remettre les médicaments ».

Le Dr Halima Youssouf voit environ 25 patients par jour, mais elle pense que de nombreuses personnes séropositives, ou qui pensent être infectées, ne cherchent pas à se faire soigner.

Pour faire en sorte que les gens soient testés et traités en dépit de la stigmatisation sociétale, il faut trouver des moyens originaux d’atteindre les personnes les plus exposées au VIH. Les brigades mobiles en sont un : des équipes de personnel soignant déploient des tests de dépistage auprès des communautés, tout en partageant des informations sur la prévention du VIH. En 2019, elles ont apporté des informations à plus de 26 000 personnes exposées au risque de VIH et effectué près de 6 000 tests.

« La brigade mobile est la meilleure solution, explique le Dr Youssouf, car elle rapproche les services de lutte contre le VIH de la communauté et atteint les personnes qui ne viendraient pas au centre ».

Au cours de l’année dernière, marquée par la pandémie de COVID-19 et des périodes de confinement, les brigades mobiles ont bénéficié autrement à la population. « Nous avons adapté notre travail de manière à venir en aide non seulement aux patients atteints du VIH, mais aussi de dépister des patients COVID-19 », explique le Dr Youssouf.

Grâce à une subvention du Fonds mondial, le PNUD, en partenariat avec l’ONUSIDA, a formé du personnel médical et des responsables de réseaux contre la stigmatisation et la discrimination et pour le respect des droits de l’homme.

Isnino, 59 ans, originaire du quartier de Balbala, dans la capitale de Djibouti, est présidente du Réseau national des personnes vivant avec le VIH. Elle est bien placée pour comprendre la stigmatisation qui empêche les gens de demander de l’aide, car elle est séropositive.

« Je ne me souviens pas de la date exacte à laquelle j’ai découvert mon statut VIH », dit-elle. « J’étais mariée, et la santé de mon mari se dégradait de jour en jour. Puis il a découvert qu’il était séropositif. J’ai découvert ma propre séropositivité quelque temps avant sa mort », dit-elle.

À Djibouti, une station de lavage des mains est placée à l’extérieur de la clinique mobile pour le dépistage et la prévention du VIH pendant la pandémie de COVID-19.
Le dépistage du VIH est effectué à bord de la clinique mobile.

Isnino pensait que c’était une condamnation à mort. Et pour de nombreuses personnes vivant dans la pauvreté à Djibouti, en particulier à cette époque, cela pouvait être le cas.

« À l’époque où j’ai été diagnostiquée, la maladie était fortement stigmatisée et beaucoup de fausses informations circulaient. Les gens chantaient des chansons sur la façon dont la maladie pouvait vous tuer. On entendait dire que certains essayaient de tuer les personnes séropositives, et celles-ci étaient traitées très différemment par leurs familles, par exemple, elles mangeaient dans des assiettes différentes », dit-elle.

« Je me suis dit que si j’étais testée positive au VIH, ma vie était finie ; que je me jetterais du plus haut bâtiment pour mourir. Nombreux sont ceux qui se sont suicidés à cause du VIH ».

« La première fois que j’ai été testée, je ne suis même pas retournée chercher le résultat. Je me suis simplement convaincue qu’ils étaient négatifs. Je n’avais pas de symptômes à cette époque. C’est ma sœur qui m’a encouragée à me faire tester à la clinique Yonis Toussaint, car elle avait entendu parler d’un homme séropositif qui y avait été traité et dont l’état s’était amélioré. J’y suis allée et j’ai fait une nouvelle prise de sang. J’étais positive ».

La clinique mobile s’installe dans un quartier éloigné pour proposer des tests de dépistage du VIH et des consultations.

« Le médecin m’a expliqué le VIH. Il m’a fait comprendre que je pouvais vivre avec la maladie et même vivre longtemps si je prenais le traitement comme il se doit », dit-elle.

Après avoir accepté son propre diagnostic, Isnino était déterminée à aider les autres. Elle travaille aujourd’hui en tant que bénévole et présidente du Réseau des personnes vivant avec le VIH, qui fournit des médicaments antirétroviraux à ceux qui ne peuvent pas quitter leur domicile. La subvention du Fonds mondial permet au réseau de disposer d’équipements informatiques et de ressources dédiées au soutien juridique, pour ceux qui signalent des violations des droits de l’homme.

« J’ai décidé de m’engager en tant que bénévole, explique Isnino, car qui vit avec le VIH écoutera davantage une personne atteinte du virus qu’une personne qui ne l’est pas. J’ai donc une nouvelle famille. Nous sommes cinq bénévoles qui travaillons sans rémunération. Nous essayons d’aider le plus grand nombre de personnes possible et certaines d’entre elles viennent avec leur famille et leurs proches ».

Selon Isnino, La situation des personnes vivant avec le VIH à Djibouti s’est améliorée, mais il reste du chemin. « Aujourd’hui, l’accès au traitement est plus facile, mais la stigmatisation n’a pas disparu ».

« J’ai décidé de m’engager en tant que bénévole, explique Isnino, car qui vit avec le VIH écoutera davantage une personne atteinte du virus qu’une personne qui ne l’est pas ».

Conformément au plan stratégique 2018–2021 du PNUD et à sa Stratégie VIH, santé et développement 2016–2021 : Établir des liens, le PNUD s’associe au Fonds mondial, aux gouvernements et à la société civile pour soutenir et renforcer les réponses nationales multisectorielles au VIH, à la tuberculose et au paludisme, en fournissant un soutien intégré aux politiques, aux programmes et au développement des capacités.

Dans le cadre du programme VIH soutenu par le Fonds mondial à Djibouti, 26 500 personnes ont été testées pour le VIH et ont bénéficié de conseils en 2019, et 2 900 personnes reçoivent actuellement un traitement contre le VIH.

Photos : PNUD Djibouti/Margot H. Quinty

Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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