« Chaque défi résolu est une entreprise »

Prince Oppong (à droite) et son équipe démarrent la production d’un lot de la boissons. Photo : PNUD Ghana/Priscilla Mawuena Adjeidu

Prince Oppong étudiait les sciences à l’université de Cape Coast lorsque l’idée lui est venue.

« Un jour, après les cours, j’ai vu une femme qui vendait des noix tigrées et je me suis alors demandé pourquoi seulement vendre les noix brutes et ne pas les transformer en lait ? »

Malgré leur nom, les noix tigrées ne sont pas des noix, mais des rhizomes tubéreux de laîche (cyperus esculentus lativum). Elles sont cultivées dans le monde entier et sont extrêmement riches en fibres, acides gras, vitamines et minéraux.

En Occident, elles sont de plus en plus reconnues comme un « super aliment ». Au Ghana, elles sont connues sous le nom d’« atadwe » et, bien qu’il soit facile de s’en procurer, leur potentiel en tant que culture a été sous-exploité.

Un agriculteur montre ses noix tigrées fraîchement récoltées. Photo : PNUD Ghana/Priscilla Mawuena Adjeidu

Prince a enrôlé un camarade de classe, Sampare Owusu Banahene, et ensemble les deux amis se sont mis au défi de changer le regard que les Ghanéens portent sur les noix tigrées.

En 2018, les deux jeunes hommes de 24 ans, enthousiasmés par la possibilité de posséder une entreprise, ont décidé de passer leurs vacances scolaires sur le campus, afin de pouvoir effectuer des recherches plus poussées. En plus de la production de lait, ils ont réalisé que la balle de noix tigrée pouvait servir à fabriquer des biscuits nutritifs, et ont alors commencé à l’utiliser pour différentes expériences.

Avec leur argent de poche et l’aide de leurs familles, Prince et Sampare ont loué un espace sur le campus et l’ont transformé en petit laboratoire. L’Autorité des produits alimentaires et pharmaceutiques leur a donné l’autorisation, après inspection, d’exploiter une activité artisanale et leur entreprise, Tiger House Limited, est née.

Prince et Banahene tiennent fièrement leurs produits devant leur usine. Photo : PNUD Ghana/Priscilla Mawuena Adjeidu

Selon Prince, la production est rapidement devenue écrasante, au fur et à mesure que les personnes vivant à l’extérieur du campus, dans les villes voisines, ont entendu parler des boissons et des biscuits et ont commencé à en commander. Ils leur fallait construire une usine plus grande pour répondre à la demande.

C’est alors qu’un de leurs professeurs, David Kofi Essuman, doyen des sciences physiques, est intervenu.

« Il a déclaré qu’il avait acheté nos produits. Il nous a invités dans son bureau et nous a demandé comment il pouvait nous aider. Nous lui avons dit que nous avions besoin d’un plus grand espace de travail, et il a promis de nous aider. En vérité, il a fait construire cette grande usine pour nous », raconte Prince.

L’usine était prête en 2019 mais avait besoin d’équipements. C’est alors que les jeunes partenaires ont eu connaissance du Youth Innovation for Sustainable Development (YISD) Challenge (le Défi des jeunes innovateurs pour le développement durable) soutenu par le PNUD et l’Autorité nationale pour la jeunesse. Il s’est avéré d’une aide inestimable.

La ligne de production locale de Tiger House a pu voir le joure grâce à une subvention du PNUD. Photo : PNUD Ghana/Priscilla Mawuena Adjeidu

« La subvention a été providentielle et a rendu les choses possibles. Nous avons pu achever notre chaîne de production en travaillant avec un fabricant local pour fabriquer un broyeur, une laveuse, une machine de séparation, un réservoir de stockage, un pasteurisateur et un mélangeur de pâte pour les biscuits. Nous avons également augmenté notre capacité de production de 100 bouteilles de lait à 8.000 bouteilles par mois, et celle des biscuits de 100 à 4.000 paquets. Notre clientèle s’est également élargie, et nous fournissons désormais des clients réguliers à Tarkwa, Kumasi, Accra et Cape Coast », explique Prince.

La dimension incubation d’entreprises du Défi YISD a été une bonne expérience. Prince a rencontré d’autres jeunes partageant les mêmes idées, auprès desquels il a beaucoup appris. « Les liens créés vous font fait sentir que vous n’êtes pas seul chaque fois que vous rencontrez des difficultés ».

Chaque jour, vous trouverez probablement Prince et son équipe sur la chaîne de production, en train de broyer des noix tigrées dans un moulin et de les filtrer à l’aide d’une passoire pour séparer la balle du jus. Le jus passe ensuite dans une cuve de rétention pour l’extraction de l’amidon, puis dans un pasteurisateur pour éliminer les micro-organismes, et est enfin mis en bouteille.

L’ensemble du processus prend environ une heure.

Broyage des noix tigrées pendant la production. Photo : PNUD Ghana/Priscilla Mawuena Adjeidu

Tiger House emploie huit personnes à temps plein et cinq agents commerciaux en tant que travailleurs occasionnels. L’entreprise travaille également avec 60 agriculteurs enregistrés qui fournissent les noix, dans des sacs de 80 kilos, dont le prix peut atteindre 70 dollars, selon la saison.

Une soixantaine d’agriculteurs approvisionnent l’usine et le succès de l’entreprise les a encouragés à reprendre la culture de noix tigrées.

« Nous cultivions la noix tigrée, mais la vente prenait beaucoup de temps et n’était pas rentable. Certains d’entre nous ont arrêté de la cultiver et se sont tournés vers les oignons et les tomates jusqu’à ce que Prince et Sampare commencent à en acheter », a déclaré Kwaku Asempa.

Parmi les produits actuellement fabriqués figurent les biscuits à base de noix tigrées, le lait et l’amidon en spray. Photo : PNUD Ghana/Priscilla Mawuena Adjeidu

L’entreprise prévoit d’étendre sa production aux flocons de céréale, aux yaourts et à l’amidon en spray à base de noix tigrées, qui ont tous fait l’objet d’un prototype. Selon Prince, quatre kilos de noix tigrées permettent de fabriquer 50 boissons et la balle correspondante permet de produire 100 biscuits. Les deux entrepreneurs espèrent attirer davantage d’investisseurs pour relever les défis opérationnels restants, tels que l’acquisition de camionnettes réfrigérées pour transporter les boissons lactées et d’une ligne entièrement automatisée pour porter la durée de conservation des boissons de deux mois à un an.

Cette expérience a montré à Prince et Sampare que, quels que soient les obstacles qui les attendent, ils sont capables de se montrer à la hauteur de la situation.

« Il y a beaucoup de défis à relever au Ghana et chaque défi résolu est une entreprise », déclare Prince.

Article rédigé par Praise Nutakor et Sylvia Senu/PNUD Ghana. Photos prises par Priscilla Mawuena Adjeidu/PNUD Ghana.

Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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