Journée internationale des femmes 2021

Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19

Mme Abdullah a vu ses élèves lutter contre le double fardeau d’un conflit brutal et de l’isolement social résultant de la pandémie. Photo : PNUD Irak/Moyasser Nasseer

Sana’a Abdulrazzaq Abdullah est la directrice de l’école pour filles d’Al-Watan à Mossoul, la ville qui l’a vue naître et grandir. Elle se souvient qu’elle a grandi dans une communauté très soudée, qui valorisait la solidarité et l’éducation.

« Je suis née dans les années 60 », dit-elle, « et quand nous étions enfants dans les années 70, l’Irak était à la pointe de son progrès et de son développement ».

La pandémie de coronavirus n’est que l’une des nombreuses difficultés auxquelles Mme Abdullah et les habitants de Mossoul ont dû faire face dans les années qui ont suivi.

Son école, que le PNUD a aidé à reconstruire, avait été complètement détruite pendant le conflit avec l’État islamique. Mme Abdullah se souvient avoir été anéantie lorsqu’elle est arrivée sur les lieux.

« Après de nombreuses tentatives, je suis arrivée dans mon ancien quartier. Il y avait des enfants et des familles. Mes voisins m’ont prise dans leurs bras et ont pleuré. Il ne restait plus rien de l’école, qui avait dû être sévèrement bombardée. L’école n’était plus que poussière à ce moment-là, je n’ai même pas vu un morceau de bois ».

Dans le cadre des efforts de reconstruction de Mossoul, le PNUD a soutenu la reconstruction de l’école d’Al-Watan et Mme Abdullah a vu ses élèves se débattre avec le double fardeau d’un conflit brutal et de l’isolement social engendré par la pandémie.

« Le virus a affecté la vie quotidienne. Il est difficile pour les gens de rester chez eux sans rien faire. C’est ennuyeux de ne rien faire ou de ne rencontrer personne », dit-elle.

Et elle a dû faire preuve de créativité pendant les mois d’enseignement à distance. « Nous vivons dans un quartier pauvre », dit-elle, « et le service internet n’est pas très bon ».

L’école d’Al-Watan, que le PNUD a aidé à reconstruire, a été complètement détruite pendant le conflit de avec l’État islamique. Mme Abdullah se souvient avoir été anéantie lorsqu’elle est arrivée sur les lieux. Photo : PNUD Irak/Moyasser Nasseer

Elle a commencé à enseigner en utilisant Facebook, et les élèves les plus pauvres se rendaient chez leurs amis qui avaient une connexion internet. « Nous avons demandé aux élèves qui ont un service internet d’aider leurs camarades plus pauvres ».

Mme Abdullah forme la future génération de dirigeantes à l’école d’Al-Watan, où les élèves sont ravies de revenir en classe après des mois de perturbations.

« Chaque jour, avant et après les heures de cours, nous assainissons le campus en profondeur. Je suis consciente de la situation économique de nos élèves, c’est pourquoi nous avons même acheté des masques pour ceux qui ne pouvaient pas se le permettre », dit-elle.

Pas eu un seul cas de coronavirus s’est déclaré au sein de l’école.

La pandémie a mis en lumière les nombreuses inégalités auxquelles sont confrontées les femmes et les filles dans le monde entier, qu’il s’agisse de l’augmentation de la violence domestique, de la perte d’emplois ou de la charge supplémentaire que représente les activités de soins non rémunérées, et elle a mis en évidence l’importance vitale d’un plus grand nombre de femmes dirigeantes comme Mme Abdullah.

Mme Abdullah forme la future génération de dirigeantes à l’école d’Al-Watan, où les élèves sont ravies de revenir en classe après des mois de perturbations. Photo : PNUD Irak/Moyasser Nasseer

Cette année, le thème général de la Journée internationale de la femme est « Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 ».

Bien que les femmes soient plus nombreuses que jamais à occuper des postes de direction dans la vie publique et politique, les progrès sont globalement trop lents. Les femmes sont encore largement sous-représentées dans toutes les facettes de la prise de décisions.

Mais le leadership et la représentation des femmes sont nécessaires pour des démocraties plus fortes, une meilleure gouvernance et une paix durable, ainsi que pour répondre plus efficacement aux défis mondiaux urgents, notamment la pandémie de COVID-19.

Dans le cadre de son travail de lutte contre les effets socio-économiques disproportionnés de la pandémie sur les femmes et les filles, le PNUD demande un revenu minimum temporaire pour les femmes des pays en développement afin de contribuer à relever ces graves défis économiques.

Le nouveau rapport du PNUD montre qu’un investissement mensuel de seulement 0,07 % du PIB des pays en développement, soit 51 milliards de dollars, pourrait offrir une sécurité financière fiable à 613 millions de femmes en âge de travailler vivant dans la pauvreté, en leur fournissant un revenu indispensable et en allégeant les pressions économiques qui pèsent quotidiennement sur elles.

Le financement existe, et l’impact de cet investissement relativement modeste serait de grande envergure.

Dans le cadre de son travail pour contrer les effets socio-économiques disproportionnés de la pandémie sur les femmes et les filles, le PNUD demande un revenu minimum temporaire pour les femmes des pays en développement afin d’aider à relever ces graves défis économiques. Photo : PNUD Irak/Claire Thomas

« Les bénéfices d’un tel investissement pourraient non seulement aider les femmes et leurs familles à absorber le choc de la pandémie, mais aussi donner aux femmes les moyens de prendre des décisions indépendantes relatives à l’argent, aux moyens de subsistance et leurs choix de vie », a dit l’Administrateur du PNUD, Achim Steiner.

Il est urgent de fournir une sécurité financière à court terme aux femmes, affirment les auteurs du rapport, car la crise a frappé les femmes beaucoup plus durement. Leur travail tend à être moins bien rémunéré, voire pas du tout, et elles ne bénéficient souvent d’aucun filet de sécurité sociale. Elles se trouvent aussi principalement dans les secteurs les plus touchés par les restrictions sanitaires.

« L’inégalité entre les sexes persiste à travers des revenus inégaux et une répartition inégale du travail, et bien qu’un revenu minimum provisoire ne soit pas une solution miracle, il pourrait aider les femmes à élargir leurs possibilités en ce moment de crise », déclare Raquel Lagunas, directrice de l’équipe du PNUD chargée des questions de genre. « Le revenu minimum provisoire offre une période de stabilité économique afin de permettre aux femmes d’organiser leur vie en fonction de leurs propres intérêts et besoins, et de participer plus pleinement à la société ».

La stabilité économique est vitale pour contribuer à modifier l’équilibre des pouvoirs entre les hommes et les femmes et pour donner aux femmes la possibilité de participer davantage à la prise de décisions et de diriger dans tous les domaines.

Mme Abdullah a vécu d’énormes bouleversements dans sa ville et son pays au cours des dernières décennies, mais elle a également vu les femmes irakiennes assumer des rôles de direction plus importants.

Leaders dans leur domaine, la cheffe de projets Mahasin Thanoon Ayoob, 59 ans, à gauche, et l’ingénieure Zainab Mohammed Tahir, 28 ans, aident à reconstruire Mossoul. Photo : PNUD Irak/Claire Thomas

« Les femmes irakiennes ont prouvé leur capacité à réussir dans tous les domaines. On les voit maintenant occuper des postes de haut niveau. Nous avons des femmes ministres et membres du Parlement », dit-elle. « J’encourage les femmes à occuper des postes élevés, mais elles doivent être à la hauteur de la responsabilité de servir leur pays. L’égalité ne doit pas se limiter au travail, mais doit s’appliquer à tous les aspects de la vie ».

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