La question de l’identité

par Jamil Akhtar

Masooma est un mobilisateur communautaire chez Dareecha, une organisation qui travaille à la sensibilisation et à la prévention du VIH/sida. Photo : PNUD/Jamil Akhtar

Quel est le plus tragique : ne jamais trouver sa véritable identité ou ne pas être autorisé.e à l’affirmer ?

Quel est le pire : ne pas être reconnu.e du tout ou se voir tourné.e en dérision toute sa vie ?

Quel est le mieux : trouver la sécurité dans le silence et l’invisibilité ou faire face à la violence pour avoir revendiqué sa place dans le monde ?

N’importe quelle personne transgenre au Pakistan pourra vous raconter d’innombrables histoires déchirantes de cruauté, d’oppression, d’exploitation, d’apathie et de privation de droits qu’elle aura dû subir tout au long de sa vie. Quand bien même un arrêt historique de la Cour suprême en 2009 a reconnu le caractère non binaire de l’identité sexuée sur la carte nationale d’identité informatisée, ce n’est qu’en 2018 que la loi a accordé davantage de libertés et de droits aux personnes transgenres.

Saro Imran est une jeune militante transgenre originaire de Multan qui travaille à l’éducation et à la création de moyens de subsistance pour les membres de la communauté transgenre. Elle milite pour les droits sociaux, la prévention du VIH/sida et l’autonomisation économique. Photo : PNUD/Jamil Akhtar

Bien que l’État ait reconnu l’idée de genre qui dépasse les frontières rigides d’une société patriarcale, la société elle-même en est encore loin.

L’identité d’une personne ne se limite pas à la catégorie figurant sur un certificat de citoyenneté. C’est la somme de toutes ses qualités, de ses croyances, de sa personnalité, de son apparence et de la façon dont il choisit de l’exprimer. L’identité de genre est une partie essentielle de notre sentiment d’identité, car elle définit notre relation avec notre société et le monde en général. Pour les milliers de Pakistanais qui se débattent avec leur identité, les difficultés internes commencent avec la prise de conscience de leur non-conformité de genre et peuvent conduire à la dysphorie de genre, une affection psychologique pénible causée par des facteurs génétiques et environnementaux.

De cette définition, on pourrait déduire que les souvenirs sont les éléments constitutifs de l’identité. Quelle sorte d’identité peut-on construire si tous ses souvenirs sont ceux de la douleur et de la souffrance, du manque d’amour et de respect, de la pauvreté et des privations, de la dégradation et de la violence ?

Erik Erikson, psychologue devenu célèbre pour avoir inventé l’expression « crise d’identité », déclare pour sa part : « Dans la jungle sociale de l’existence humaine, il n’y a pas de sentiment d’être vivant sans sentiment d’identité ».

Sheela (à gauche) est une mobilisatrice communautaire chez Dareecha, une organisation qui travaille à la sensibilisation et à la prévention du VIH/sida. Nadia Khan (à droite) est assistant juridique et militant de Swat. Photo : PNUD/Jamil Akhtar

Comment se sentir vivant.e lorsqu’on est pris dans une bataille constante entre deux mondes, l’un intérieur et l’autre extérieur ?

Les conditions peuvent être sinistres et l’environnement hostile, mais les personnes transgenres au Pakistan refusent de s’en accommoder. Ils s’efforcent d’éduquer et d’autonomiser leur propre communauté, de sensibiliser la société et d’influencer la législation. Ils trouvent leur voix et l’élèvent pour le bien de leur communauté et, du même coup, de la société.

Ils ont entamé un processus de négociation d’identité qui les conduira à être reconnus comme des membres à part entière de la société, avec les mêmes droits et responsabilités que tout le monde.

Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.