La valeur de l’eau, c’est la valeur de la vie

Pour cette communauté locale en Thaïlande, les forêts humides sont le fondement des moyens de subsistance et de la culture.

Srongpol Chantharueang, président du groupe de conservation des zones humides de Boon Rueang, rame sur la rivière Ing pour contrôler ses pièges à poissons. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire

« La Journée mondiale de l’eau nous fait prendre conscience que l’eau est vitale et qu’elle est inextricablement liée à notre mode de vie et aux forêts humides dont nous dépendons. C’est pourquoi l’eau est importante pour nous » — Groupe de conservation de la forêt humide de Boon Rueang.

En aval de la chaîne de montagnes du Doi Yao, dans le nord de la Thaïlande, se trouve la rivière Ing, qui abrite la plus grande forêt humide de Thaïlande et constitue un écrin de la biodiversité. La communauté de Boon Rueang est située dans la plaine entre les montagnes et la rivière. L’eau touche tous les aspects de la vie des habitants et des habitats de cette forêt de 483 hectares. Elle permet de pratiquer l’agriculture et de s’hydrater, et abrite plus de 276 espèces de flore et de faune, ainsi que 87 espèces de poissons. L’eau approvisionne la forêt, et la forêt protège de l’érosion, des inondations et des effets du changement climatique. L’interdépendance des écosystèmes fait d’eux un seul organisme vivant et respirant, à qui l’eau donne vie.

La rivière Ing coule de la province de Phayao à la province de Chiang Rai, dans le nord de la Thaïlande, et se déverse dans le Mékong à Ban Pak-Ing, dans le district de Chiang Khong. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire

« Nous avons grandi avec la forêt qui nous a vus naître » Chanraem Rueangwilai

La Journée mondiale de l’eau 2021 nous rappelle l’importance de valoriser l’eau. Pour la communauté locale du groupe de conservation de la forêt humide de Boon Rueang, l’eau est synonyme de survie pour son peuple et pour sa culture. La gestion coutumière de la forêt humide permet d’assurer la sécurité alimentaire de la région, de protèger la faune et la flore et de préserver la culture et les connaissances locales. En 2010, de catastrophiques inondations ont épargné le village de Boon Rueang, ce qui a fait prendre conscience à la communauté de l’importance de la forêt humide en tant qu’elle agit comme tampon. La foresterie communautaire et la protection des zones humides sont au cœur des activités de Boon Rueang.

Des membres de la communauté de Boon Rueang plantent des arbres dans le cadre d’un projet de reboisement de la forêt de la zone humide. Photo : Phitchayetsapong Khurupratchamak
Une femme de la communauté de Boon Rueang attache un tissu de moine sur un arbre dans le cadre d’une cérémonie d’ordination visant à protéger la forêt de la zone humide. Photo : Phitchayetsapong Khurupratchamak

« Nous avons vécu dans la forêt et nous en dépendons depuis longtemps. C’est pourquoi notre relation à la forêt est si spéciale. C’est parce qu’elle nous a été transmise par nos ancêtres et que nous la transmettrons à nos enfants et petits-enfants » — Groupe de conservation de la forêt humide de Boon Rueang.

Si les fonctions cruciales de cet écosystème apparaissent évidentes aux communautés locales, tout le monde n’en voit pas les avantages uniques. Au cours des 50 dernières années, la forêt a fait l’objet de nombreux défis. À la fin des années 1960, des investisseurs ont voulu utiliser la zone pour y établir des moulins et des usines de tabac. Pas plus tard qu’en 2015, le secteur était menacé d’être désigné comme « zone économique spéciale » afin de faire progresser l’industrialisation.

Une personne pêche sur le Mékong, qui alimente la rivière Ing et la forêt humide de Boon Rueang. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire

« Ils [les investisseurs] allaient prendre notre forêt, alors nous devions nous aider nous-mêmes » Chanraem Rueangwilai

En réponse, le groupe de conservation de la forêt humide de Boon Rueang a entrepris des actions de sensibilisation et une collecte de fonds auprès des membres de la communauté. À travers des campagnes de sensibilisation et les médias sociaux, le groupe a fait la promotion de son modèle de gestion forestière communautaire et a démontré à quel point la zone humide était vitale pour l’écosystème local, pour permettre la vie, assurer les moyens de subsistance, et protéger des catastrophes naturelles. Finalement, le groupe a travaillé directement avec le gouvernement, ce qui a abouti à la décision d’inverser la tendance à l’industrialisation. Grâce à une campagne de mobilisation exemplaire et à une stratégie de négociation pacifique, ses membres ont sauvegardé leur forêt et leurs moyens de subsistance. La communauté de Boon Rueang a reçu le prix Équateur du PNUD en 2020 pour son travail.

Les membres de la communauté de Boon Rueang pénètrent dans un marécage destiné à la pêche pour vérifier leurs filets. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire
Des membres de la communauté de Boon Rueang utilisent un filet pour attraper des poissons dans un marécage désigné pour la pêche dans la forêt humide. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire
Un membre de la communauté de Boon Rueang ramène du poisson d’un marécage destiné à la pêche dans la forêt humide. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire

L’empiètement extérieur sur la forêt n’est pas le seul problème qui menace ces zones humides. Le débit des rivières est en baisse en raison de la construction de barrages et de l’évolution des conditions météorologiques dûs au changement climatique. Les communautés locales sont obligées de rationner l’eau. Si les forêts de zones humides constituent une solution efficace au changement climatique, elles y sont également toujours vulnérables.

Le groupe de conservation de la forêt humide de Boon Rueang relève ce défi. Il recueille des données sur la forêt et travaille avec des chercheurs et des universitaires pour comprendre l’importance de cet écosystème. Il revitalise également la forêt en plantant des arbres, la rendant « aussi verte que possible », selon les termes de la communauté. Cela permet de garantir que les générations futures connaîtront les avantages de la forêt, de l’eau aux moyens de subsistance en passant par la capture du carbone et la protection de la biodiversité.

Le groupe de femmes de Boon Rueang s‘approvisionnent de la rivière et de la forêt pour cuisiner à l’occasion de la célébration de l’obtention du Prix de l’Équateur en 2020. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire

Srongpol Chantharueang, président du groupe de conservation de la forêt humide de Boon Rueang, connaît l’importance et la fragilité de cet écosystème. Il explique comment les montagnes alimentent les rivières qui à leur tour approvisionnent les rizières. « C’est comme notre supermarché », dit-il. Avec l’argent qu’ils gagnent en vendant du riz, du poisson et des légumes, ils peuvent envoyer leurs enfants à l’école, construire des maisons, etc. « Nous partageons les ressources en eau en négociant entre nous, afin de ne pas provoquer de conflits ». Un véritable exemple de gestion durable des ressources naturelles.

En cette Journée mondiale de l’eau et chaque jour, l’eau est primordiale pour un avenir durable. De la biodiversité à la culture, en passant par l’alimentation et l’économie, nous devons valoriser l’eau, une ressource limitée et irremplaçable. La zone humide représente le principal moyen de subsistance des villageois. La communauté de Boon Rueang réaffecte une partie des revenus issus de la gestion de la pêche à la conservation et à l’entretien de la zone humide.

D’après les estimations d’une étude menée par le groupe en collaboration avec le Centre régional de formation à la foresterie communautaire et l’université Kasetsart en Thaïlande, la forêt humide de Boon Rueang fournit des bénéfices annuels dépassant les quatre millions de dollars.

Des membres de la communauté de Boon Rueang entrent dans une zone marécageuse destinée à la pêche dans la forêt humide située dans le bassin de la rivière Ing. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire

« L’augmentation de la superficie forestière est une solution importante, et pas seulement pour la forêt de Boon Rueang en Thaïlande. J’aimerais que cela se produise dans tous les pays et sur tous les continents. La nature nous rendra ses bienfaits », déclare Srongpol Chantharueang.

Chanraem Rueangwilai, secrétaire du groupe de conservation de la forêt des zones humides de Boon Rueang (et membre du groupe de femmes de la communauté de Boon Rueang), pêche aux poissons pour l’alimentation et la vente. Photo : Centre régional de formation à la foresterie communautaire

Rédigé par : Kevin Strohm, assistant de programme, Initiative Equateur du PNUD ; Anna Giulia Medri, analyste principale, Initiative Equateur du PNUD ; Martin Sommerschuh, coordinateur, Initiative Equateur du PNUD.

L’Initiative Equateur remercie avec gratitude l’ensemble de la communauté locale de Boon Rueang Wetland Forest Conservation Group et le Centre régional de formation à la foresterie communautaire pour leur perspicacité et leur soutien.

Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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