Au Kirghizistan les personnes vivant avec le VIH ne sont pas laissées pour compte

Tatiana, 45 ans, est résidente du refuge Ishenim Nuru pour les personnes vivant avec le VIH, Bichkek, Kirghizistan, novembre 2020.

En mars 2020, dès que les premiers cas de COVID-19 sont détectés au Kirghizistan, le pays entre en confinement.

Pour les personnes vivant avec le VIH ou les populations à risque de contracter la maladie, la pandémie engendre un nouveau défi : comment accéder aux soins de santé essentiels dont elles ont besoin? Tel est également le défi du PNUD et de ses partenaires sur le terrain.

« Il a fallu adapter notre travail », dit Inga Babicheva, responsable du programme de santé du PNUD au Kirghizistan. « Nous avons dû innover et faire preuve de créativité pour nous assurer que les services continuent même en période de pandémie et de restrictions très strictes ».

Cet été, le PNUD a rouvert deux refuges pour les personnes vivant avec le VIH — lʼun à Bichkek, la capitale, et lʼautre à Och, la deuxième plus grande ville du Kirghizistan, au sud du pays. Les refuges sont destinés à prendre en charge les personnes en situation difficile qui ont besoin de commencer ou de continuer à suivre une thérapie antirétrovirale (TAR) vitale.

Clients d’un refuge pour personnes séropositives à Och, la deuxième plus grande ville du Kirghizistan. Le titre du livre est : “La vie continue!”

« Nous fournissons lʼhébergement, des repas, des consultations médicales et psychologiques. Nous aidons les patients à recevoir des documents, une aide sociale et les envoyons dans des établissements de santé si nécessaire », explique Sara, une assistante sociale de 53 ans qui travaille au refuge de Bichkek. « Il y sont comme chez eux. Sans le refuge, ils seraient dans la rue ».

« De nombreux patients nʼont aucun papier. Avec les restrictions de mouvement, ils ne sont pas autorisés à se rendre dans les établissements de santé. Nous devons les accompagner pour nous assurer quʼils peuvent recevoir leur traitement », explique Yuri, un autre travailleur social du centre.

Andrei, 45 ans, séjourne au centre et vit avec le VIH depuis plus de 15 ans. Il décrit la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et la difficulté dʼobtenir un traitement.

« Jʼai appris que jʼétais séropositif en 2004. Pendant un certain temps, jʼétais sans abri, jʼai vécu dans la rue. Beaucoup de personnes séropositives nʼont pas de toit au-dessus de leur tête. Lorsque vous avez froid, vous buvez de la vodka pour ne pas geler et puis… vous ne pouvez plus prendre dʼantirétroviraux ».

Heureusement pour Andrei, il a trouvé une place au refuge.

Andrei, 45 ans, séjourne au refuge Ishenim Nuru et vit avec le VIH depuis plus de 15 ans, Bichkek, Kirghizistan, novembre 2020.

« Cette organisation mʼa tout donné. Avant, personne ne mʼécoutait, personne ne mʼaidait. Ici, on est nourris, ils nous aident à obtenir des papiers dʼidentité, à obtenir une aide gouvernementale, à trouver un emploi… »

Andrei connaît déjà les effets de la COVID-19 sur les personnes vulnérables : lui-même lʼa attrapé.

« Jʼai déjà eu la COVID-19 et jʼai été à lʼhôpital pendant un mois. Jʼai vu des patients en mourir. Jʼai été sous oxygène et mon état sʼest amélioré. »

Sara explique que le refuge ne peut accueillir que 15 personnes, mais que la demande dépasse la capacité. « Nous ne pouvons pas refuser des patients. Sʼil le faut, nous mettons des matelas supplémentaires au sol », dit-elle.

Petites victoires

Le but du confinement face à la COVID-19 était bien sûr de sauver des vies et de réduire la pression sur les services de santé en abaissant les taux dʼinfection. Mais pour les personnes qui vivent avec le VIH, le sida et dʼautres maladies graves, il est vital quʼelles puissent continuer à recevoir les soins de santé dont elles ont besoin.

Cʼest la raison pour laquelle le PNUD et le Fonds mondial ont apporté leur appui à un service de consultation en ligne pour les personnes vivant avec le VIH et dʼautres problèmes de santé graves. Le service apporte également son soutien aux personnels de santé ainsi quʼaux employés des ONG afin de les aider à faire face à la situation.

Janyl, 30 ans, est médecin-conseil en ligne.

« Nous avons commencé à mettre en œuvre ce service en ligne pour maintenir les distances sociales et protéger les patients et les personnels de santé contre la COVID-19. En raison de la pandémie, tous les patients ne peuvent pas se rendre à lʼhôpital pour une consultation. »

Outre la mise à disposition de conseils à distance pendant la pandémie, des services mobiles ont également été mis en place, sous la forme de brigades mobiles — des équipes de professionnels de la santé apportent les services médicaux au domicile des patients qui en ont besoin.

Janyl, 30 ans, est médecin consultant en ligne, Bichkek, Kirghizistan, novembre 2020.

Huit de ces brigades opèrent un peu partout dans le pays. Elle se composent dʼun travailleur médical et dʼun médecin-conseil.

« Si un patient ne peut pas venir en personne pour une raison quelconque, alors je lui apporte son traitement antirétroviral », explique Aidana, médecin-conseil pour la brigade mobile du centre de lutte contre le sida de Bichkek.

Mira, médecin de 57 ans qui fait également partie du service de brigade mobile raconte : « La semaine dernière, jʼai rendu visite à une mère qui nʼavait pas suivi son traitement. Elle mʼa dit que son mari ne savait pas quʼelle avait le VIH, alors elle cache les médicaments ici et là, puis oublie où elle les a cachés. Aujourdʼhui, elle est venue en personne à lʼhôpital avec son enfant de sept mois afin de le faire tester également. Je le prends comme une petite victoire ».

Durant la pandémie, la société civile et les ONG ont joué un rôle essentiel en adaptant les activités de lutte contre le VIH au nouveau contexte. Les activités soutenues par les ONG comprenaient la livraison de nourriture aux refuges où résident les populations vulnérables, le soutien à lʼauto-dépistage assisté du VIH et la fourniture dʼensembles de services, notamment la distribution de préservatifs et de seringues propres, aux groupes de population clés.

Amir, un coordinateur de projet pour Kyrgyz Indigo, une ONG travaillant avec le PNUD sur leur programme de dépistage rapide et de prévention du VIH, déclare : « La COVID-19 nous a obligés à repenser notre travail et à construire un nouveau système à partir de zéro. Il est important de dispenser nos services en continu. Si nos patients, par exemple, nʼont pas de préservatifs, cela augmente le risque de comportement à risque et de transmission du VIH. Les personnes vivant avec le VIH ont alors un système immunitaire affaibli et sont donc plus vulnérables à la COVID-19. »

Selon le Fonds mondial, qui investit plus de 4 milliards de dollars par an dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme dans plus de 100 pays, la pandémie de COVID-19 menace de réduire à néant bon nombre des progrès réalisés dans la lutte contre le VIH les années précédentes. Il sera essentiel de trouver de nouvelles méthodes de travail aussi longtemps que durera la pandémie pour éviter que cela ne se produise.

Mira, à droite, sort avec une collègue pour visiter des patients séropositifs, Bichkek, Kirghizistan, novembre 2020.

Photos: PNUD Kirghizistan/Dmitry Motinov

Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.