Le Coronavirus va changer nos vies et la manière dont nous travaillons

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Une rue très « instagrammée » d’Istanbul maintenant vide et fermée à la circulation. Photo : PNUD Eurasie / Karen Cirillo

Dans « La peste », Albert Camus se demande si la souffrance peut être non seulement individuelle mais aussi partagée comme une expérience collective. La crise, écrit-il, bouleverse l’ordre social existant et engendre des changements profonds. COVID-19 a un effet sur tous les aspects de notre société et sur toutes les dimensions du développement durable. Tout comme le changement climatique, ces bouleversements exposent une interdépendance systémique qui ignore les frontières sectorielles, institutionnelles ou même nationales.

Mais surtout, cette pandémie éveille un sentiment d’urgence immédiat, direct et personnel.

Si la plupart de nos efforts se concentrent sur une réponse rapide, le PNUD doit garder un œil sur les effets à long terme du coronavirus et sur ce qu’ils signifient pour l’avenir du développement durable.

La crise du COVID-19 a beau être extraordinaire et sans précédent, une pandémie mondiale était prévisible. Notre résistance aux antibiotiques augmente et les transmissions homme-faune se multiplient, tandis que la fonte des glaciers du pôle nord est susceptible de libérer des millions de nouvelles bactéries auxquelles nous n’avons jamais été exposés.

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La fonte des glaciers est susceptible de libérer des millions de nouvelles bactéries auxquelles nous n’avons jamais été exposés. Photo : Michal Balada / Shutterstock.com

Nous nous trouvons à un moment délicat de l’ère anthropocène. Nos capacités, et celles de nos institutions publiques, à relever des défis globaux comme celui-ci apparaissent insuffisantes et peu coordonnées. Les États ont été systématiquement affaiblis dans certaines parties du monde et des fonctions publiques essentielles ont été privatisées au cours des dernières décennies. C’est particulièrement vrai ici en Europe de l’est et en Asie centrale : des services de santé vitaux sont confiés à des prestataires privés ; la confiance du public se détériore d’année en année ; et le nationalisme, le secret des données et la méfiance à l’égard de la science sont en hausse.

Déjà dévastatrice aujourd’hui, la crise, si elle se prolonge, pourrait entrainer des effets en cascade et nous obliger à repenser des approches établies en faveur de nouveaux modèles d’atténuation, d’adaptation et de résilience. Si elle suit le parcours attendu, cette crise aura des implications structurelles profondes, qui risquent de freiner nos modèles de relèvement traditionnels.

Nos chaînes de valeur sont complexes et, comme en témoigne cette crise, vulnérables. La pression sur les systèmes de santé s’intensifie, et les États tentent de suivre le pas. Des informations privées et personnelles sont susceptibles d’être partagées avec les gouvernements sans consentement préalable. L’OCDE a revu à la baisse ses prévisions de croissance et les marchés boursiers s’effondrent. Seule la Planète semble mieux respirer.

Ces développements auront également des implications à long terme. L’évolution jusqu’à présent progressive du travail, de l‘éducation et de notre socialisation dans l’espace numérique connaît déjà une accélération majeure et pourrait bien altérer les aspects fondamentaux de nos identités et la façon dont nous travaillons, apprenons et interagissons. Les infrastructures publiques existantes risquent aussi d’en subir les pressions.

Plus la pandémie se prolongera, plus de nouvelles façons d’opérer verront le jour, influençant notre usage des espaces et bâtiments publics, bibliothèques, universités, écoles etc. Avec des services publics de plus en plus fournis en ligne, la pandémie accélère déjà la vitesse à laquelle la transformation numérique et, avec elle, l’optimisation de nos sociétés a lieu.

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La transformation numérique connaît déjà une accélération majeure et pourrait changer les aspects fondamentaux de nos identités ainsi que la façon dont nous travaillons, apprenons et socialisons. Photo : PNUD Eurasie / Danielle Villasana

La responsabilité et la traçabilité devraient aussi gagner en importance : des chaînes de valeur plus courtes et fiables (en particulier pour les aliments et les médicaments) ; l’impression 3D en tant que forme de production décentralisée et rapide ; ou encore l’économie sans monnaie pourraient gagner du terrain. En même temps, l’avenir de l’économie du partage et l’adoption de modèles d’abonnement semble incertain. La production économique va sans doute se décentraliser et une poussée de « relocalisation » de la production devrait suivre, affectant les économies axées sur la production et l’exportation.

La pandémie ne fait pas de discrimination : tout le monde peut être infecté quelle que soit la classe, l’ethnicité ou la nationalité. Néanmoins, l’accès aux soins et le vécu de l’isolement ou de la maladie dépend toujours du lieu de résidence, du revenu, de la protection sociale et, dans certains cas, de l’âge. La pandémie a déclenché de nouvelles vagues de racisme, de xénophobie et d’isolationnisme. Cette nouvelle réalité poussera à la création de nouvelles formes de protection sociale, mais aussi à l’attente d’un État plus fort.

Cela nous oblige à réfléchir aux changements de système qui doivent avoir lieu. Deux constatations ressortent :

  1. Une collaboration internationale forte, transparente, et un flux continu d’informations accélérera la mise en place des interventions nécessaires pour faire face à un risque global, rapide et invisible. Disposer de l’infrastructure adaptée face à des problèmes dépassant les frontières est essentiel pour notre préparation et notre résilience. Il faut expérimenter avec les nouvelles technologies ; capturer les premiers signes de changement ; identifier les nouvelles vulnérabilités du système et de notre société — qu’il s’agisse de maintenir la vitalité des petites entreprises ou de lutter contre la solitude. Cela veut dire également élaborer des capacités de recherche, de développement et de communication pour nous aider à apprendre, à échanger, et à s’adapter en temps réel.
  2. Un éventail de réponses dynamiques est nécessaire face aux effets à court et long terme de la pandémie, pour cartographier ses différents impacts et la façon dont ils sont interconnectés, ainsi que la manière dont nos actifs peuvent être déployés et recalibrés en conséquence. Ce cadre nous aiderait à formuler nos décisions sur la meilleure façon d’aider les gouvernements et les sociétés à transitionner vers cette nouvelle réalité. Il nous aiderait aussi à travailler avec nos partenaires pour réimaginer le succès en période d’incertitude et à gérer — de manière cohérente et itérative — les effets en cascade sur la vulnérabilité, le climat et l’économie.
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Image satellite de l’Agence spatiale européenne montrant les niveaux de dioxyde d’azote au-dessus de la Chine.

La pandémie a provoqué une onde de choc globale en un temps record. Pour que ces bouleversements n’aggravent pas les inégalités, une gestion dynamique, un flux continu d’informations et une collaboration solide seront indispensables.

Cette crise peut, et devrait, nous orienter vers une meilleure coopération et coordination internationales, plutôt que vers l’isolationnisme que nous observons actuellement. Nous pourrions même assister au changement de mentalités et d’attitudes à tous les niveaux que l’Agenda 2030 et les Objectifs de développement durable ont jusqu’ici prônés sans trop de succès… du moins jusqu’à présent.

Pour en revenir à Camus : « ce qu’on apprend au milieu des fléaux, [c’est] qu’il y a dans l’homme plus de chose à admirer que de chose à mépriser »

Gerd Trogeman est directeur du centre régional du PNUD à Istanbul. Lejla Sadiku est spécialiste de l’innovation pour le PNUD Eurasie. Merci à Indy Johar, Dark Matter Labs, Luca Gatti et CHORA Foundation pour leurs réflexions, leurs idées et leur avis.

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Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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