Rendre les innovations plus accessibles pour prévenir le VIH

Une infirmière de la clinique CeSHHAR à Mutare, au Zimbabwe, effectue un test rapide de dépistage du VIH avant d’expliquer le fonctionnement de la PrEP à un client. Photo : PNUD Zimbabwe/Cynthia R. Matonhodze

Lorsque l’épidémie mondiale de VIH a commencé il y a plus de 40 ans, le VIH était une maladie incurable. C’est aujourd’hui une maladie chronique et évitable pour les personnes ayant accès à un traitement. Cependant, l’accès aux services de prévention et de traitement n’est pas équitable et les nouvelles innovations n’atteignent pas toujours les personnes qui en ont besoin.

Cela fait plus de dix ans que les premières preuves de l’efficacité de la prophylaxie préexposition (PrEP) orale quotidienne ont été publiées. La PrEP est un comprimé dont la prise quotidienne empêche de contracter le VIH. En 2021, plus de 1,6 million de personnes dans le monde ont reçu une prophylaxie préexposition orale, ce qui reste bien en deçà de l’objectif de 10 millions de personnes fixé pour 2025.

Des partenariats pour élargir l’accès à la PrEP

Jusqu’à récemment, la PrEP se limitait aux pays à revenu élevé. Ces deux dernières années, on a assisté à une adoption rapide de la PrEP en Afrique orientale et australe.

« La première fois qu’on m’a parlé de prophylaxie préexposition (PrEP), c’était en 2018, quand j’ai commencé à venir ici, au Centre de santé sexuelle et de recherche sur le VIH/sida (CeSHHAR), pour un traitement. Cette clinique soigne les travailleurs du sexe. Les tantes, nos infirmières qui travaillent ici, nous ont expliqué la PrEP, en quoi elle est une bonne chose. C’est comme ça que j’en ai entendu parler », explique Nashly, 26 ans, originaire de Mutare, au Zimbabwe.

Nashly raconte son viol en 2020, alors qu’elle rentrait du travail. Un viol qui a entraîné une grossesse. Elle a subi un traumatisme psychologique, craignant que le bébé et elle-même contractent le sida. « J’ai vu l’efficacité de la PrEP après l’accouchement : mon bébé n’a pas le VIH et je ne l’ai pas attrapé non plus », dit-elle.

« Les services qu’on reçoit au CeSHHAR sont importants pour nous. Sans cela, on souffrirait et on tomberait toutes malades ».

Bridget Ngorima partage un moment de détente avec Beauty Dhliwayo avant son test VIH à la clinique CeSHHAR de Mutare, au Zimbabwe. Photo : PNUD Zimbabwe/Cynthia R. Matonhodze

Le PNUD aide les pays à rendre la PrEP davantage accessible aux communautés les plus vulnérables, dans le cadre des efforts menés à plus grande échelle pour améliorer et étendre la prévention contre le VIH chez les populations clés (hommes gays et autres hommes ayant des rapports sexuels entre hommes, travailleurs du sexe, personnes transgenres, toxicomanes et prisonniers) et leurs partenaires sexuels, qui représentent aujourd’hui 70 % des nouvelles infections au VIH dans le monde.

En 2021 au Zimbabwe, le PNUD, en partenariat avec le Fonds mondial, le Ministère zimbabwéen de la Santé et des ONG, a offert la PrEP à 3300 prostituées. Cela s’est fait par le biais d’un faisceau de sites fixes faisant de la prévention et de la sensibilisation, gérés par des ONG partenaires. Le Centre de santé sexuelle et de recherche sur le VIH/sida (CeSHHAR) est l’un de ces sites. Au Pakistan, avec le soutien du Fonds mondial et en partenariat avec des organisations communautaires locales, le gouvernement, l’ONUSIDA et l’OMS, le PNUD a lancé une nouvelle initiative portant sur la PrEP en juin 2022. Dans le cadre de cette initiative, le PNUD travaille également en étroite collaboration avec les communautés de populations clés pour fournir la PrEP par le biais de réseaux de travailleurs de proximité et de centres d’accueil par les pairs. En outre, les professionnels de santé fonctionnaires affectés dans les centres de traitement antirétroviral (TAR) existants reçoivent une formation leur permettant de proposer des services sûrs et efficaces en matière de PrEP.

« Lorsque j’ai découvert la PrEP, j’ai voulu la prendre moi-même », confie Kiran Danesh, de la Gender Interactive Alliance, à Karachi, Pakistan. « Lorsque j’ai demandé à mon médecin de me prescrire la PrEP, il m’a prévenue que ce n’était pas une bonne idée et m’a déconseillé de la prendre. J’ai compris plus tard que ce médecin avait tort et qu’il ne disposait probablement pas des bonnes informations ».

Kiran Danesh de la Gender Interactive Alliance, Karachi. Photo : PNUD Pakistan/Jamil Akhtar

« Je prendrais bien la PrEP moi-même », déclare Mobin Ahmed, de la Fondation Saathi, à Faisalabad. « Je travaille en tant que leader dans ma communauté et je veux montrer l’exemple aux membres de la communauté : c’est un médicament très bénéfique. Je le prendrai dès qu’il sera disponible ».

Mubeen Ahmed de la Fondation Saathi, Faisalabad. Photo : PNUD Pakistan/Jamil Akhtar

Utiliser les plateformes numériques pour démocratiser la PrEP

Les solutions numériques peuvent largement contribuer à accroître l’accès aux services pour les populations vulnérables et marginalisées, ainsi qu’à pérenniser la disponibilité de ces services. En Colombie, la plateforme prep-Colombia.org est utilisée pour le dépistage initial, la prise de rendez-vous médicaux, la tenue d’un registre des rendez-vous de suivi et le partage des résultats des tests de laboratoire. Elle permet également aux médecins de générer différents indicateurs tels que le niveau d’acceptation, la poursuite initiale, la prévalence de la toxicité et le statut VIH. Tout cela est associé à des formations sur les stratégies de prévention combinées, qui touchent plus de 20 300 personnes. Cette démarche innovante a permis de garantir la continuité des services et une bonne adhésion au traitement, ainsi qu’un soutien aux patients malgré les contraintes imposées par la pandémie de COVID-19.

« Grâce à prep-Colombia, je sais aujourd’hui comment prendre soin de moi, des personnes que j’aime et de celles qui m’entourent. Le fait de rester séronégatif me donne une certaine tranquillité d’esprit et me donne envie de vivre ma vie, de manière évidemment responsable », déclare Joan Alfaro, 22 ans, leader social colombien.

Joan Alfaro, un leader social colombien de 22 ans. Photo : Francisco Villa

La nécessité de passer à l’échelle supérieure

Avec le potentiel de la PrEP et d’autres outils innovants tels que les antiviraux à libération prolongée pour la PrEP et l’anneau vaginal féminin, qui transforment la prévention du VIH, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de répéter les erreurs du passé.

Ce n’est qu’en s’attaquant aux inégalités et en permettant aux personnes vivant avec le VIH, aux populations clés et aux autres groupes marginalisés d’avoir accès aux services de santé et de lutte contre le VIH que nous pourrons rattraper le retard pris dans la lutte contre le VIH.

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