Signe avant-coureur du changement climatique : une canicule au printemps

Il est bientôt midi et Khalida, qui travaille comme aide-ménagère pour une famille à Islamabad, est en retard pour la troisième fois cette semaine. Transpirant à grosses gouttes et comprenant qu’elle pourrait bientôt s’évanouir à cause de la chaleur, elle scrute la route à la recherche d’un endroit ombragé où elle pourrait s’asseoir et reprendre son souffle.

Confrontée à sa décision de renoncer aux transports publics afin d’économiser de l’argent pour payer ses factures d’électricité, Khalida, comme des millions d’autres Pakistanais, a du mal à faire face à la vague de chaleur inattendue qui s’est abattue sur la région.

« Je n’arrive pas à dormir correctement la nuit avec cette chaleur et, le matin, je suis déchirée entre prendre les transports publics pour aller travailler en évitant le risque d’insolation, ou marcher pour économiser de l’argent et payer les factures d’électricité qui augmentent », explique-t-elle.

Cette année, l’Asie du Sud n’a pas connu l’agréable printemps habituel : l’hiver glacial a fait place à des températures caniculaires. Depuis avril, dans certaines régions du Pakistan, la température maximale moyenne n’est jamais passée sous la barre des 40 °C. C’est un signe alarmant du changement climatique, car on n’avait jamais connu de vague de chaleur en avril. Les années précédentes, de telles températures étaient enregistrées au cœur de l’été.

L’Inde subit elle aussi les effets d’une vague de chaleur sans précédent, qui met en danger la vie et les moyens de subsistance de millions de personnes.

Le mois de mars a été le plus chaud qu’on ait enregistré depuis le début des relevés, soit depuis 122 ans. Et cette chaleur intense s’est ajoutée à une insuffisance criante de précipitations.

Les personnes qui vivent et travaillent en ville sont les plus touchées. Des données récentes de la NASA révèlent l’existence de plusieurs « îlots de chaleur urbains » à Delhi et dans d’autres régions du nord de l’Inde, où il peut faire 5 °C de plus que dans les zones environnantes. Si les employés de bureau peuvent bénéficier d’une isolation, ceux qui vivent en plein air n’ont, eux, guère de répit.

Ces vagues de chaleur sont l’un des symptômes les plus précoces et les plus évidents du changement climatique. Au Pakistan, l’impact des catastrophes d’origine climatique est aggravé par des facteurs socio-économiques tels que la forte densité de population, les inégalités existantes et l’agriculture faisant appel à une part importante de main-d’œuvre, dont le pays est fortement tributaire.

Selon une étude réalisée en 2021, les décès par hyperthermie pourraient devenir courants en Asie du Sud. Notamment en raison de l’augmentation de la « température du thermomètre mouillé », observée dans la zone de convergence intertropicale, où se produisent les moussons. Lorsque les températures augmentent, l’air, réchauffé, peut davantage se charger en humidité.

Cette combinaison d’une forte chaleur et d’une forte humidité — la température du thermomètre mouillé — est dangereuse.

Une température du thermomètre mouillé de 32 °C est la température maximale à laquelle il est encore possible de travailler, tandis que 35 °C représente la limite supérieure de la capacité de survie humaine. Au-delà, la transpiration ne peut s’évaporer et le corps humain ne peut donc pas se refroidir.

À la mi-mars, le département métrologique du Pakistan a émis des alertes à la canicule. Les citoyens devaient s’attendre à des températures élevées et sèches dans la plupart des régions du pays, entraînant une pénurie d’eau pour les réservoirs, les cultures et les vergers, mais aussi une augmentation du niveau des cours d’eau, entraînée par la fonte des glaciers.

Ces événements ont été suivis d’une série de catastrophes. En mai, un lac glaciaire qui s’était formé sur le glacier Shisper, dans le nord du pays, a brutalement cédé.

Heureusement, une station météorologique qui y avait été installée par le PNUD Pakistan et le ministère du Changement climatique a permis aux autorités d’agir rapidement.

En avril, le département pakistanais de météorologie et le ministère du Changement climatique avaient émis des alertes aux crues qui risquaient de survenir par la rupture de lacs glaciaires, tandis que l’autorité de gestion des catastrophes de la région du Gilgit-Baltistan avait déclaré l’état d’urgence.

Grâce à ces mesures préventives, les familles ont été évacuées à temps et aucune perte humaine n’a été à déplorer. Toutefois, les inondations ont endommagé de nombreuses maisons, deux centrales électriques et d’autres infrastructures.

Et avec une semaine de décalage, un incendie de forêt a ravagé les forêts de pins de Musakhail et de Sherani au Baloutchistan, une région aride qui connaît de longues sécheresses. Or les moyens de subsistance des communautés locales dépendaient étroitement de ces forêts de pins. La biodiversité et des espèces menacées, tel le markhor (une chèvre de montagne), dépendaient également de ces forêts.

Ces dernières années, les communautés ont protégé les forêts, tout en en améliorant la gestion. Elles ont commencé à former les habitants aux méthodes les plus efficaces pour récolter, torréfier et conditionner les pignons de pin. En reconnaissance de leurs efforts, elles ont remporté le Prix Équateur en 2019.

Il faut au moins deux à trois décennies pour que les pignons de pin arrivent à maturité, et l’incendie qui a fait rage a détruit au moins 30 % de la forêt classée au patrimoine de l’UNESCO. Les tentatives de la population locale pour maîtriser cet incendie ont échoué, faute de moyens.

La canicule frappe également le secteur agricole au Pakistan. Dans une récente interview accordée à Al-Jazeera, le représentant résident adjoint du PNUD au Pakistan, Amanullah Khan, a déclaré : « L’agriculture de ce pays a certes déjà connu des températures de 41 °C ou 43 °C. Mais le problème est que les cultures ont besoin de certaines températures à certains stades de leur croissance. Bien qu’il ait été un exportateur net en ce qui concerne le blé pendant de nombreuses années, le Pakistan a dû en importer l’an dernier ».

L’Inde envisage des effets en cascade similaires. Elle a déjà interdit les exportations de blé pour s’assurer que les stocks seront suffisants pour nourrir sa propre population. La demande en énergie n’a jamais été aussi forte, ce qui a entraîné une surconsommation de charbon pour produire de l’électricité. Les décès dus aux coups de chaleur ainsi qu’aux maladies respiratoires et infectieuses sont en hausse, en particulier chez les personnes âgées, les enfants, les travailleurs en plein air, ainsi qu’au sein des communautés défavorisées.

Le GIEC a prédit que les phénomènes météorologiques extrêmes allaient continuer à se multiplier. En tant que gouvernements, entreprises et communautés, nous devons commencer à mettre en place des mesures pour garantir la protection des vies et des moyens de subsistance des personnes contre ces chocs climatiques. En particulier pour ceux qui, comme Khalida, doivent prendre des décisions toujours plus difficiles chaque jour.

« Même si je gagne la même somme d’argent qu’en début d’année, mon budget mensuel n’a prévu ni l’inflation, ni la soudaine envolée des températures », témoigne-t-elle.

Une histoire par : Tabindah Anwar, auxiliaire communications, groupe des communications, PNUD Pakistan

Éditée par : Ayesha Babar, analyste en communications et responsable du groupe des communications, PNUD Pakistan

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