Sortir des sentiers battus

Quelles nouvelles voies pour un tourisme durable ?

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La route la moins fréquentée au Costa Rica. Photo : Dmitriy Rnd/Fotolia

Lorsque la pandémie du COVID-19 a mis le monde à l’arrêt, des choses jamais vues auparavant se sont produites. Les monuments culturels, les restaurants, les théâtres, les hôtels et les stades étant désormais vides, le silence s’est installé dans les grandes villes cosmopolites d’Europe et d’Amérique, normalement habituées à recevoir des millions de visiteurs chaque jour. Au même moment, les plages immaculées de l’Asie du Sud-Est, du Pacifique Sud et des Caraïbes ont été désertées, tout comme les grandes réserves naturelles de l’Afrique, aujourd’hui presque exclusivement fréquentées par les animaux qui y vivent.

Pour la première fois de leur vie, presque toutes les personnes qui le pouvaient sont restées chez elles.

Avec un chiffre d’affaires annuel de plusieurs milliers de milliards de dollars, le secteur du tourisme représente 7 % du commerce mondial, emploie une personne sur dix sur la planète et procure des emplois pour des centaines de millions d’autres.

Avant la pandémie, l’ONU affirmait que le secteur du tourisme avait connu une croissance plus rapide par rapport à l’économie mondiale pendant dix années consécutives.

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En haut: les eaux turquoises de l’île Maurice. En bas: des touristes marchent sur la plage d’Albion, Maurice au coucher du soleil, décembre 2019. Photos: PNUD Maurice

C’est aujourd’hui l’un des secteurs d’activité qui a le plus besoin d’aide. Selon les Nations Unies, les pertes du secteur s’élèvent à 320 milliards de dollars pour les cinq premiers mois de l’année. Pour sa part, l’Organisation mondiale du tourisme estime que le nombre de touristes internationaux pourrait chuter de 60 à 80 % en 2020.

Jusqu’à 120 millions d’emplois directs sont ainsi menacés. Comme beaucoup de ces emplois se trouvent dans l’économie informelle, les conséquences ont été particulièrement graves pour les femmes et les jeunes, qui constituent la majeure partie de cette main‑d’œuvre.

Au total, ces pertes pourraient atteindre 1 200 milliards de dollars − de loin la pire crise du secteur du tourisme international depuis 1950, date des premières statistiques sur le sujet.

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En haut: le monastère de la destination touristique de Petra, en Jordanie. En bas: les jeunes travailleurs informels du monastère. Jusqu’à 120 millions d’emplois directs sont menacés dans le tourisme. Beaucoup font partie de l’économie informelle, ce qui a eu des implications particulièrement graves pour les femmes et les jeunes qui constituent la majorité de la main-d’œuvre. Photos: PNUD / Sumaya Agha

Les effets de cette crise se font surtout sentir en Afrique et dans les petits États insulaires. Dans plusieurs pays des Caraïbes, le tourisme représente près de la moitié du PIB. Dans des pays comme les Palaos, en Micronésie, il représente jusqu’à 90 %. Paradoxalement, la plupart de ces petites nations ont presque entièrement échappé à la crise sanitaire, mais elles continuent à subir les effets de la pandémie en raison du manque de touristes.

« Cette crise est un choc majeur pour les économies développées et engendre une situation critique pour les populations les plus vulnérables et les pays en développement », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Le tourisme est depuis longtemps considéré par le PNUD comme un moyen important de promouvoir la préservation de l’environnement, d’autonomiser les communautés autochtones, de favoriser le développement économique et de donner au plus grand nombre la possibilité de profiter de ce que les cultures du monde − anciennes et modernes − ont à offrir.

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Un plongeur sous-marin rencontre une raie Manta dans la Manche allemande des Palaos. Des pays comme les Palaos, en Micronésie, dépendent du tourisme pour jusqu’à 90 pour cent de leur PIB. Photo : iStock.com/Global_Pics

Si elle met en lumière les profondes fragilités inhérentes à un système qui repose sur des travailleurs sans protection sociale, cette crise est également l’occasion de bâtir un secteur du tourisme vert capable de fournir des emplois de qualité et sûrs tout en protégeant l’environnement.

À court terme, le PNUD collabore avec ses partenaires non seulement pour soutenir les petites entreprises qui dépendent du tourisme et qui ont vu leurs revenus se tarir, mais aussi pour planifier l’avenir afin que le tourisme, une fois relancé, soit plus significatif pour les hébergeurs locaux comme pour les visiteurs, tout en préservant l’environnement naturel.

Au Népal, nous avons commencé à soutenir les travailleurs du secteur du tourisme qui ont perdu leur emploi à cause de la pandémie du COVID-19. En Bosnie-Herzégovine, nous aidons des familles installées le long du sentier de randonnée pédestre Via Dinarica, qui a connu une baisse de 71% des visites de touristes étrangers depuis le début de l’année.

Selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme, le tourisme d’observation de la faune sauvage a généré un chiffre d’affaires de 343,6 milliards de dollars et soutenu plus de 21,8 millions d’emplois en 2018. Nous collaborons avec The Lion’s Share pour protéger les communautés dépendantes de ce type de tourisme dans neuf pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, qui souffrent financièrement des conséquences de l’arrêt des voyages internationaux dû à la pandémie.

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Haut: La rivière Una le long du sentier Via Dinarica en Bosnie-Herzégovine, qui a connu une baisse de 71% du nombre de touristes internationaux depuis le début de l’année. En bas: Amela et son mari Sanjin possèdent une agence de tourisme à Konjic, un hotspot (pré-pandémie) sur le sentier Via Dinarica. Ils proposent des randonnées, du rafting, du canoë et du canyoning sur les rivières Neretva et Rakitnica. Photos: PNUD Bosnie-Herzégovine / Adnan Bubalo

Plus de 400 000 dollars ont été versés en partenariat avec le Programme de microfinancements du Fonds pour l’environnement mondial. Ces fonds sont versés aux communautés qui protègent certaines des espèces sauvages les plus menacées au monde, comme les rhinocéros, les éléphants, les gorilles, les tortues marines, les tigres ou les requins. Le but est d’aider ces communautés à faire face non seulement aux pertes d’emplois et aux difficultés économiques causées par la pandémie, mais aussi à l’augmentation du braconnage observée pendant les périodes de confinement. La Banque mondiale (en anglais) rapporte que le nombre de gardes qui ont perdu la vie à cause du braconnage dans les parcs nationaux a augmenté cette année.

The Lions Share, une coalition d’entreprises et de partenaires de l’ONU qui demande aux marques de contribuer chaque fois qu’un animal apparaît dans l’une de leurs publicités, espère réunir jusqu’à 3 millions de dollars pour financer les 40 organisations sélectionnées pour bénéficier d’une aide.

« Grâce à la force des partenariats, The Lion’s Share a non seulement réussi à collecter des fonds pour préserver l’environnement et protéger la faune sauvage, mais aussi à mobiliser les entreprises et les consommateurs sur cette question urgente », a déclaré Achim Steiner, Administrateur du PNUD.

Les pandémies ne durent pas éternellement et le tourisme finira par redémarrer. La question est de savoir sous quelle forme. Avec son réseau international de partenaires, le PNUD s’emploie à promouvoir un tourisme équitable et durable, qui ne laisse personne — et aucune tortue de mer — de côté.

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Pour sauver les industries du tourisme et de la pêche menacées de la baie d’Oracabessa, en Jamaïque, les habitants ont travaillé pour protéger l’ensemble de l’écosystème. Game Warden Omar Sparks localise un nid de tortues imbriquées en danger critique d’extinction en vue de remettre les nouveau-nés dans la mer, septembre 2019. Photos: PNUD Jamaïque / Talk Up Youth Media

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Compte Twitter officiel du Programme des Nations Unies pour le développement. Le PNUD œuvre pour les peuples et la planète depuis plus de 50 ans.

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