Travail et espoir au Yémen
Alors que le conflit se prolonge, les femmes se font les gardiennes du développement humain

En 2019, le Rapport sur la parité entre les hommes et les femmes dans le monde du Forum économique mondial classait le Yémen comme le pire endroit au monde pour être une femme pour la 13ème année consécutive.
Les inégalités sont depuis longtemps de véritables barrières pour les femmes et les filles yéménites, mais le conflit qui dure depuis près de 5 ans a empiré la situation. Les femmes doivent maintenant faire face au déplacement, à la famine, à un système éducatif défaillant, à la pénurie d’emplois, à l’insécurité économique, et au manque d’électricité, d’assainissement et d’eau. À cela s’ajoute leur exclusion de tout processus décisionnel au sein de leur communauté.
Plus exposées aux violences et aux privations
Les déplacements massifs de population dans le pays accentuent leur vulnérabilité. Les femmes représentent plus de la moitié des 3,5 millions de personnes qui se déplacent constamment en quête de sécurité et de logement, et plus d’un quart d’entre elles ont moins de 18 ans.
Samiah, une mère célibataire de deux enfants, a été contrainte de fuir son domicile à Hodeidah, une ville portuaire dans l’ouest du pays : « Je veux que la guerre se termine. Je veux pouvoir vivre en sécurité avec mes enfants », dit-elle en larmes.

« Nous avons dû dormir le ventre vide plusieurs nuits de suite car il n’y avait pas assez à manger. Je mens parfois et dis à mes enfants que je n’ai pas faim pour qu’ils mangent à leurs gré », explique Samiah.
Avant que la guerre n’éclate, la famille de Samiah vivait de la pêche. Mais depuis, tout a changé : « La violence est devenue omniprésente, il n’y avait plus d’endroit sûr, y compris en mer. Ma famille ne pouvait plus pêcher, et nous n’avions aucun moyen de gagner de l’argent. »
Placer les femmes au cœur de la réponse
La situation de Samiah est loin d’être unique. C’est pourquoi le partenariat entre le PNUD, la Banque mondiale et leurs partenaires nationaux — le Fonds social pour le développement et le projet de travaux publics — ont placé l’autonomisation et la protection des femmes au centre de leurs programmation.
Avec 400 millions de dollars de financement, le projet d’intervention en cas d’urgence au Yémen (Yemen Emergency Crisis Response Project, ou YECRP en anglais), vise à combattre les obstacles socio-économiques auxquels les femmes sont confrontées. Près de 40 000 femmes ont ainsi été soutenues pour répondre aux besoins urgents de leurs communautés en tant que partenaires égales aux hommes. Elles sont impliquées dans près de 3 700 projets, de la construction de citernes au pavage de routes, ou de la réfection d’écoles à la protection des terres agricoles… tout un éventail d’initiatives qui aideront le Yémen à se reconstruire en mieux.

Près de 800 de ces projets offrent une source de revenus indispensables à plus de 63 000 femmes, ce qui leur permet de soutenir leur communauté, mais aussi de s’approvisionner en eau, nourriture, logement, santé et éducation.
Le YECRP a également formé et employé près de 3 600 jeunes femmes au soutien de centaines de milliers de mères de familles et d’enfants dans le besoin, en fournissant des services éducatifs indispensables à ceux touchés par la malnutrition.

En entraînant la fermeture d’un tiers des entreprises et une perte de revenu pour huit millions de personnes supplémentaires, le conflit a porté un coup fatal à une économie déjà fragile. Aujourd’hui, plus de 60% des Yéménites sont au chômage, et la pénurie d’emploi a bouleversé les secteurs i traditionnellement dominés par les hommes, poussant les femmes à entrer sur le marché du travail.
Dans un pays où l’occupation professionnelle des femmes est l’une des plus faibles au monde, le conflit a modifié les perceptions et préjugés traditionnels qui limitaient les perspectives des femmes.
En effectuant des travaux qui leur étaient auparavant interdits, les femmes yéménites ont commencé à endosser des responsabilités supplémentaires pour subvenir aux besoins de leur famille.

Samiah est devenue ouvrière. « Je travaille depuis quatre mois au service de ma communauté et beaucoup de choses se sont améliorées. Je peux maintenant payer le loyer et nourrir mes enfants ; tout le monde est heureux et en bonne santé. »
Le YECRP épaule par le biais de subventions financières et de soutien technique environ 3 200 entreprises détenues et exploitées par des femmes.
Beaucoup sont devenues des entreprises clés au sein des communauté, en contribuant à la création d’emplois et en fournissant des biens et des services dont le marché a désespérément besoin.

« Je continue de travailler aussi dur que possible »
Il y a encore de gros progrès à faire au Yémen en matière d’égalité des sexes, mais le PNUD et ses partenaires s’efforcent de faire une différence — une femme, une famille et une communauté à la fois.
« Quand j’entends parler de la souffrance des autres, je continue de travailler aussi dur que possible, pour ne me retrouver dans cette situation. Je ne veux plus jamais avoir à demander l’aide de personne. Je ne dépends que de moi et de mon travail pour gagner de l’argent et subvenir aux besoins de mes enfants », dit Samiah.

Histoire et photos par PNUD Yémen





