« Une deuxième chance »

Au Brésil, un service de réinsertion aide des ex-détenus à reconstruire leur vie

En 2022, plus de 755 000 adultes ont été incarcérés, dépassant d’environ 70 % la capacité maximale des prisons et des établissements pénitentiaires, selon Human Rights Watch. Photo : Shutterstock

Lauro José dos Santos travaille comme assistant des services généraux dans la capitale du Mato Grosso. Après douze années passées en détention, ce quadragénaire originaire de Cuiabá est en train de reconstruire sa vie en essayant de fonder une famille et d’acquérir sa propre maison.

À sa sortie de prison il y a trois ans, sans contact avec sa famille, il n’avait nulle part où s’installer. Dépourvu de papiers d’identité et aux prises avec la drogue et l’alcool, il était psychologiquement instable.

Rétrospectivement, il attribue aujourd’hui son rétablissement au Bureau social, un service qui aide les anciens détenus du système pénitentiaire en leur donnant accès à un réseau qui va leur apporter un soutien dans plusieurs domaines, par exemple, pour obtenir une qualification professionnelle, un logement ou des papiers, ou encore dans le domaine de la santé.

« Quand je suis sorti de prison en 2019, j’ai demandé de l’aide. Depuis, le Bureau social me soutient à la fois sur le plan psychologique et sur le plan social. Je suis arrivé ici et j’ai constaté que les portes étaient ouvertes. On m’a très bien traité et on m’a fait comprendre que j’avais une deuxième chance », explique-t-il.

Une fois par semaine, Lauro se rend au Bureau social de Cuiabá — qui est situé dans le quartier de Boa Esperança — pour suivre une formation professionnelle et s’entretenir avec des psychologues. C’est là qu’il a obtenu les renseignements nécessaires pour ouvrir un compte bancaire — une condition préalable pour occuper un des emplois proposés par le service.

Créé par le Conseil national de la justice (CNJ) en 2016 et présent dans presque toutes les unités fédérales du Brésil, le Bureau social est une institution publique gérée conjointement par le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. L’expansion et l’optimisation du service s’inscrivent dans le cadre du programme « Rendre justice », un partenariat établi entre le CNJ et le PNUD avec le soutien du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, par le biais du Département pénitentiaire national.

Ce service est chargé d’aider les personnes qui sortent de prison, notamment en les orientant vers des services de santé, de prise en charge psychosociale, d’éducation, de formation et de qualification professionnelles, d’aide à la famille, etc.

Le Bureau social fait partie du programme « Rendre justice ». Fruit d’un partenariat établi entre le CNJ du Brésil et le PNUD, ce programme vise à faciliter la réinsertion sociale des anciens détenus du système pénitentiaire grâce à un réseau de bénévoles qui offrent, entre autres, une formation professionnelle et un soutien psychologique. Photo : Agência de Notícias do Paraná

« Tout commence par une première rencontre pour définir les besoins des ex-détenus. Souvent, ils disent vouloir travailler, mais il est évident que certains ne sont pas aptes parce qu’ils ont des troubles psychologiques ou des problèmes de toxicomanie », explique la directrice générale du Bureau social de Cuiabá, Beatriz Dziobat.

« Cette première rencontre permet donc d’évaluer leur situation réelle. Nous les aidons à trouver un logement ou une prise en charge psychologique, tout cela grâce au travail de bénévoles. Nous les dirigeons vers des unités sanitaires et vers le Centre de référence de l’aide sociale », poursuit-elle.

« Nous prenons également contact avec la famille et nous les inscrivons à des formations professionnelles. Ensuite seulement, nous les aidons à trouver un emploi. Il n’est pas rare que nous devions les emmener nous-mêmes au centre de soins psychosociaux (CAPS), lorsqu’il s’agit de personnes atteintes de troubles mentaux », dit-elle.

La population carcérale du Mato Grosso compte près de 12 000 détenus. Depuis mars 2022, le Bureau social de Cuiabá a aidé environ 500 personnes, dont un peu plus de 70 restent sous surveillance constante. Le personnel va régulièrement voir ces anciens détenus pour s’assurer qu’ils sont bien suivis par les services de santé et qu’ils vont travailler.

De nombreux anciens détenus, de retour dans la société, souffrent de problèmes psychologiques, aggravés par une toxicomanie et une alcoolisme aux effets débilitants. Photo : Shutterstock

« Lauro est arrivé ici avec un grave problème d’alcoolisme, en pleurant parce qu’il n’avait nulle part où aller. Dans ces situations, il ne sert à rien d’envoyer la personne travailler. Nous le suivons de près : il nous apporte les justificatifs qui prouvent qu’il se rend bien au CAPS, qu’il suit son traitement contre l’alcoolisme et la toxicomanie, et qu’il bénéficie d’une prise en charge médicale et psychologique », explique Mme Dziobat.

La plupart des ex-détenus aidés par le Bureau social de Cuiabá sont des hommes noirs ou métis âgés de 30 à 40 ans, peu instruits, voire parfois analphabètes. Ce manque d’instruction est un problème, car de nombreux emplois nécessitent d’avoir atteint un niveau d’études primaire ou secondaire. Par ailleurs, on estime que 90 % des anciens détenus n’ont pas de carte d’identité.

Le Bureau social propose des formations professionnelles pour devenir magasinier, confiseur, boulanger, électricien, mécanicien ou technicien informatique. Les parties contractantes sont des organismes publics ou des entreprises travaillant avec le gouvernement, qui ont accepté d’offrir des possibilités d’emploi à d’anciens détenus.

« Je reste loin de ma famille jusqu’à ce que ma vie s’améliore et que je puisse reprendre ma place »

Originaire du Mato Grosso du Sud, Lindomar Ferreira Barbosa, 37 ans, est sorti de prison en mars 2022. Il s’est adressé au Bureau social qui lui a trouvé un emploi comme assistant des services généraux à la mairie de Cuiabá. Aujourd’hui, il balaie les rues et les trottoirs de la ville.

Né dans la capitale de l’État, Campo Grande, Lindomar a quitté la maison familiale à l’âge de 12 ans. Il a ensuite vécu à São Paulo et à Goiânia. « J’ai vadrouillé un peu partout au Brésil. Aujourd’hui, je vis dans une baraque ici, à São Mateus. Je reste loin de ma famille jusqu’à ce que ma vie s’améliore et que je puisse reprendre ma place », dit-il.

Le Bureau social a aidé Lindomar Ferreira Barbosa, 37 ans, à obtenir un emploi d’Agent de propreté urbaine à la mairie de Cuiabá. Photos : PNUD Brésil/Luciana Bruno

Se tenir à l’écart de sa famille est une pratique courante chez les anciens détenus suivis par le Bureau social du Mato Grosso. Souvent, les agents du bureau recherchent activement des parents prêts à reprendre contact avec ces ex-détenus. C’est le cas de Luiz Eduardo de Souza, 28 ans, qui travaille aujourd’hui comme jardinier.

« Quand je suis sorti de prison, le Bureau social m’a appelé pour me présenter le projet. C’est un très bon projet qui m’a beaucoup aidé parce que les choses partaient mal, je fréquentais les mauvaises personnes et je prenais de la drogue. À cause de tout ça, j’ai été mis à l’écart de ma famille et de la société. On perd sa dignité de citoyen », explique-t-il.

« Quand j’ai commencé à venir ici, les interventions des uns et des autres m’ont ouvert l’esprit, j’ai mis de l’ordre dans ma tête et, aujourd’hui, j’ai déjà un emploi. Je vais commencer une formation d’électricien, et Dieu merci, ce que je voulais le plus s’est réalisé : j’ai pu renouer avec ma famille », dit-il. Il reçoit également des colis de nourriture et perçoit une indemnité de transport pour pouvoir faire la navette.

À sa libération, Luiz Eduardo de Souza, 28 ans, était sans emploi et isolé de ses proches. Grâce au Bureau social, il a trouvé un emploi et, plus important encore, a repris contact avec sa famille — des étapes cruciales pour rompre le cycle de la violence. Photos : PNUD Brésil/Luciana Bruno

Pour le coordinateur du Groupe de suivi et d’inspection du système pénitentiaire et socioéducatif du Mato Grosso, le juge Geraldo Fidelis, le Bureau social agit avec la conviction qu’il est indispensable de resocialiser avec dignité les personnes qui ont été privées de liberté pour mettre fin aux cycles de violence.

« Nous souhaitons désormais améliorer les services rendus par le Bureau social de la capitale et les étendre à d’autres villes qui ont manifesté un intérêt pour ce modèle », dit-il. Dans l’État du Mato Grosso, le Bureau social est présent à Cuiabá, Jaciara, Lucas do Rio Verde, Mirassol et Cáceres.

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À propos du programme « Rendre justice »

Le Bureau social fait partie du programme « Rendre justice ». Fruit d’un partenariat établi entre le Conseil national de la justice (CNJ) du Brésil et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), ce programme vise à faciliter la réinsertion sociale des anciens détenus du système pénitentiaire.

Le public visé par le programme comprend les acteurs du système de justice pénale, près de 800 000 personnes passées par le système pénitentiaire et environ 140 000 adolescents aux prises avec le système de justice des mineurs. Le programme contribue à la réalisation de plusieurs objectifs de développement durable (ODD), et plus particulièrement de l’objectif nº 16 portant sur la paix, la justice et l’efficacité des institutions.

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